En route vers l'imaginaire

Le ministre français de l’économie Bruno Le Maire a réfléchi à la réouverture des librairies, pour les considérer comme un « commerce de première nécessité ». En ces temps de confinement, souhaiterait-il que nous ne passions pas tout notre temps devant les écrans, lorsque nous faisons une pause dans le télétravail ? En tout cas, que nos livres nous soient livrés par Amazon ou nous donnent l’envie de cocher une case sur notre attestation pour la sortie du jour (en respectant toutes les consignes de sécurité bien sûr), rien ne nous empêche de suivre le conseil du président français Emmanuel Macron lors de son allocution lundi dernier. Alors sortez un bon livre et plongez-vous dans d’autres univers !

Ici à Travel-Stone nous vous proposons une petite liste de récits de voyage qui nous ont enchantés, ont ouvert nos horizons vers d’autres mondes, ont développé notre passion pour le voyage, et ont soutenu notre envie de toujours continuer à partager avec vous nos découvertes, nos conseils de voyage et notre expertise en Asie.

En attendant, puisque tous les déplacements sont à l’arrêt, je vous propose d’inviter votre imagination au voyage

L’Usage du Monde – Nicolas Bouvier (1963)

« La vertu d’un voyage c’est de purger la vie avant de la garnir. »

« Porté par le chant du moteur et le défilement du paysage, le flux du voyage vous traverse, et vous éclaircit la tête. »

Un grand classique des récits de voyage, qui en a inspiré beaucoup d’autres ! Nicolas Bouvier, à l’époque étudiant en droit, histoire médiévale et sanskrit à Genève, se lance à l’aventure avec sa petite Fiat Topolino et son ami Thierry Vernet, artiste peintre et dessinateur. De juin 1953 à décembre 1954 ils seront sur les routes, à travers les Balkans, la Turquie, l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan. Un récit initiatique qui vous embarque à bord de leur petite auto, à la rencontre des gens, des paysages, des sourires et des difficultés. 

Dix-sept mois d’exploration rassemblés en quelques pages : l’exploit d’un texte épuré mais toujours juste, au vocabulaire fouillé mais toujours fluide, qui nous met là dans une communion de pensée songeuse avec le narrateur, ici au cœur du sensible, dans le partage des sensations

Au cours de ce voyage initiatique, les deux protagonistes découvrent l’hospitalité du monde ainsi que ses travers. Ils en tirent une esquisse de la nature humaine sous tous ses reflets, l’un à travers ses dessins et l’autre via l’écriture, talents qu’ils mettent aussi à profit pendant leur aventure pour gagner leur vie et continuer leur périple. 

On en retiendra la sensation des cols enneigés en Anatolie, d’un hiver gelant mais protégé à Tabriz, de la perte des repères de temps et d’espace à Quetta et du passage du col de Khyber en Afghanistan, annonçant la fin de l’odyssée. 

Un ouvrage à garder sur sa table de chevet pour se replonger dans l’atmosphère des grands espaces et du voyage au long court.

« Ici, prendre son temps est le meilleur moyen de n’en pas perdre. »

« C’est une question d’échelle, dans un paysage de cette taille, même un cavalier lancé à fond de train aurait l’air d’un fainéant. »

Le Monde en Stop – Ludovic Hubler (2009)

« Arpenter le monde réel, me forger une opinion argumentée et tenter d’échapper aux sinistres « images catastrophes » véhiculées par les médias. Je vois dans ce voyage un passage initiatique pour bâtir solidement l’avenir. Chercher à comprendre les autres pour mieux me comprendre moi-même. […] Mon école de commerce m’a donné les bases pour devenir dirigeant, mais ne m’a rien appris des misères et richesses du globe.»

Aventurier d’un autre temps, reflétant les nouvelles convictions écologiques des jeunes générations, c’est en stop que Ludovic Hubler entreprend son tour du monde en janvier 2003. Pas de trains, avions, bus ou taxis. Auto-stop, voilier-stop, brise-glace-stop… Rien ne l’arrête pour traverser les 5 continents, son objectif étant notamment de ne pas créer plus d’émissions de CO2 liées au transport qu’il n’y en a déjà autour du globe. 

A l’origine parti pour 2 ans après l’obtention de son diplôme d’Ecole de Commerce, c’est finalement 5 ans plus tard qu’il termine son périple, complètement transformé par cette vie d’itinérance : il aura découvert un monde en pleine mutation, et reçu de plein fouet les contradictions qu’implique un monde de plus en plus globalisé. Ce parcours itinérant se transforme ainsi en circuit initiatique, éveillant sa conscience aux maux de la planète et de ses habitants mais aussi à l’ouverture d’esprit que procure le voyage. 

Petit à petit il décide de s’impliquer dans les pays traversés via des projets humanitaires ou pour mettre en lien différentes associations, ONG découvertes au fil de sa route et des rencontres. Il en retire aussi une volonté de mettre en avant les mérites du voyage lors de ses conférences : une façon d’aller à l’école du monde, pour en découvrir soi-même les réalités, et effectuer son « doctorat de la route ». Le Monde en Stop est un récit hypnotisant, rempli d’authenticité et de passion.

En Asie, il traverse la Chine et notamment le Tibet, sans agence de voyage ni permis ni guide ni chauffeur, caché dans des camions, une aventure que nous vous déconseillons si vous ne voulez pas voir votre voyage écourté et une interdiction de voyage en Chine tomber dans votre courrier ! Nous vous laissons découvrir son périple mais n’hésitez pas à vous tourner ensuite vers nous pour l’organisation de vos découvertes… 😉

A l’Ecole du Monde – Kristelle Savoye (2009)

« Ce que je cherche ? Je ne sais pas. Je cherche loin ce que d’aucuns trouvent en France. Moi la timide, je veux oser m’ouvrir aux autres, ici, là-bas. L’excuse de la distance réduira peut-être celle qui habite parfois mes relations. »

Le monde, c’est à vélo que Kristelle Savoye l’a parcouru, à la rencontre des écoles d’Afrique de l’Ouest, d’Amérique du Sud et de Chine. Jeune professeur des écoles, pas spécialement sportive, elle parvient à obtenir en 2004 une année de disponibilité sans solde pour arpenter les routes du globe. Son but : aller à la rencontre des enfants et de leurs professeurs, des cultures et des modes d’éducation. Une façon de s’ouvrir l’esprit sur le monde, de prendre du recul sur les questions d’éducation des pays développés et de prendre conscience des enjeux du métier sur différents continents

Si les rencontres se sont succédé du Sénégal à la Patagonie, créant des échanges forts entre la jeune professeure, les élèves, professeurs et habitants, elle reste sur sa faim en Chine, un pays où tout lui semble incompréhensible. Les attitudes observées, le langage et l’écriture qui la plongent dans l’illettrisme, l’immensité des villes et des campagnes traversées, et le tourisme de masse à la chinoise lorsqu’enfin elle parvient à visiter un parc naturel ; tout dans ce pays lui laisse un goût d’inachevé. Elle dresse un portrait type de la Chine que l’on croit découvrir au premier abord, lorsqu’on ne connaît ni la langue, ni la culture, ni ses habitants et que tout semble vous frapper de plein fouet. 

Peut-être aurait-elle pu commencer à apprécier ce monde à part, si à Travel-Stone on lui avait concocté un petit circuit de découvertes accompagnée de nos guides locaux et expériences originales ! Mais nous n’existions pas encore…

An English Lady in Chinese Turkestan – Lady Catherine Macartney (1931)

Retour un siècle en arrière, avec le récit de Lady Macartney, épouse de l’ambassadeur britannique à Kashgar Sir George Macartney au tout début du XXème siècle. Si les mémoires des ambassadeurs de tous bords sont souvent plus fournies, celles de leurs épouses se font plutôt rares, et le compte-rendu de ces 13 années passées à l’étranger est une véritable pépite.

Jeune femme de bonne famille aristocratique anglaise, la jeune Catherine devient soudainement Lady Macartney, et doit de ce pas accompagner son époux à Kashgar, porte d’entrée de la Chine. Sans être jamais sortie très loin de chez elle auparavant, ayant appris la cuisine, la couture, la broderie et autres activités de demoiselle, elle se retrouve sur les rails d’Europe et de Russie tout d’abord, avant de continuer sur les routes, lorsqu’il y en a, ou sur les chemins de steppe à cheval en Asie Centrale.

Ce n’est qu’au bout de plusieurs mois en plein air qu’elle rejoint la ville de Kashgar, alors divisée en deux : la vieille ville, peuplée d’Ouighours musulmans, et la nouvelle ville, peuplée de Han chinois et notamment du gouverneur chinois nommé par l’Empereur. Les étrangers se comptent sur les doigts de la main ou presque, avec principalement des émissaires diplomatiques (et une mission suédoise). En effet Kashgar est alors au centre du Grand Jeu eurasiatique, les Britanniques tentant d’exercer leur influence depuis l’Empire des Indes, tandis que les Russes poursuivent leur avancée vers les terres de Sibérie et d’Asie centrale. 

Lady Macartney doit donc petit à petit composer avec la diversité des cultures qui l’entourent, les jeux politiques internationaux, une maison à l’anglaise à gérer, et l’éducation de ses enfants, sans compter plusieurs aller-retours vers la Grande-Bretagne au cours de ces 13 ans, accompagnés des enfants en bas âge. Elle est également le témoin des troubles politiques agitant la Chine au début du siècle et relate les effets de la révolution de 1911 à Kashgar ; son récit s’achève à la veille de la Première Guerre Mondiale, lorsqu’elle se retrouve elle aussi confinée, à domicile en Angleterre, les femmes et enfants ayant reçu l’interdiction de voyager à travers l’Europe en ces temps troublés.  

L’ouvrage est en anglais et nous ne connaissons pas de traduction française ; c’est une très bonne façon de réviser et approfondir un peu vos connaissances en langue anglaise ! La lecture est très fluide, le ton souvent humoristique, et les anecdotes imagées.

Ces récits de voyage d’hier et d’aujourd’hui, écrits sur des tons très personnels, permettent de laisser place aux rêves et à l’imagination pour vous embarquer dans leurs univers. En attendant que l’orage passe ; et garder intacte cette passion du voyage…

A très bientôt !