Un saut dans le temps à Pingyao

Vous voulez vous retrouver dans un décor de film de Zhang Yimou le temps d’un week-end ou pendant votre voyage en Chine ? Pingyao est l’endroit où aller !

Petite ville fortifiée entourée de remparts datant de la dynastie des Ming (1370) et classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1997, Pingyao est LA meilleure candidate pour vous faire remonter plusieurs siècles en arrière, ou en 1920 au temps du film Epouses et Concubines, qui a justement été tourné dans l’ancienne résidence de la famille Qiao un peu à l’extérieur de la ville.

Une vieille ville préservée

 La vieille ville de Pingyao, préservée et entourée par la nouvelle ville, a échappé à la politique chinoise des dernières décennies tendant à raser tous les vieux bâtiments pour construire du neuf.

Pingyao est un concentré d’anciennes résidences construites dans les règles de l’architecture chinoise traditionnelle, mêlant à la fois le fengshui et les normes sociales en vigueur  (où le fengshui lui-même finit par justifier les places attribuées à chaque membre de la famille, les fils de la maison à l’entrée, et les filles non mariées tout en haut, à l’étage, avec interdiction de descendre les escaliers à leur guise !)

Dans ce petit carré d’1,6km sur 1,6km délimité par les remparts, la densité des anciennes demeures est incroyable et chaque porte mène vers une autre bâtisse ancienne, cachée derrière une enfilade de cours carrées et de petits murs censés barrer l’entrée de la demeure aux mauvais esprits. C’est un régal de se promener en flânant dans ces vielles ruelles où, pour une fois, le vieux n’a pas forcément été remplacé par du neuf, comme dans beaucoup de villes chinoises.

Bien sûr, la politique chinoise de modernisation-par-la-reconstruction ne peut qu’être comprise, car tout le monde souhaite bénéficier de l’eau courante, du chauffage, de l’électricité  et du confort moderne !  Sans compter que ces immenses résidences, appartenant autrefois à de riches marchands, négociants, lettrés ou politiciens, ne peuvent aujourd’hui être habitées par des citoyens chinois lambdas vivant avec un salaire moyen.

Et pourtant aux yeux du voyageur, on ne peut qu’admirer ces anciennes bâtisses construites avec élégance au cours des siècles derniers, que l’on explore avec délice.

Il faut dire que Pingyao a eu son ange gardien : Ruan Yisan, un professeur d’urbanisme à Shanghai, qui a plaidé sa cause auprès des autorités centrales pour éviter sa destruction par les autorités locales. En 1986 la ville fut ainsi classée « ville historique nationale » avant d’être repérée et consacrée par l’Unesco onze ans plus tard.

De la finance au tourisme

Centre financier majeur en Chine sous les dynasties Ming et Qing (1368 – 1644 et 1644 – 1911), la ville avait sombré dans la pauvreté au 20ème siècle. Comment cela a-t-il pu arriver ? 

Sous la dynastie Ming (1368-1644), Pingyao était déjà un carrefour commercial majeur grâce à sa position géographique et à ses ressources minérales. La ville est ensuite devenue le centre financier de l’Empire pendant la dynastie Qing (1644-1911). En 1823 Lei Lutai a ouvert la banque Rishengchang, l’ancêtre du système bancaire moderne en Chine, pour faciliter et sécuriser le transport de l’argent. En effet à cette époque, la monnaie était comptabilisée en lingots d’argents qui nécessitaient une protection lourde contre le brigandage lorsqu’ils étaient déplacés d’un endroit à l’autre pour effectuer des paiements ou transférer des fonds. Un employé d’une compagnie de teinture, Lei Lutai, proposa alors de mettre en place un système de comptoirs de dépôts et retraits, moyennant des frais bancaires. Bien que le système soit tout d’abord mis en place de façon interne à la compagnie de teinture, les autres marchands de Pingyao trouvèrent ce procédé extrêmement intéressant. Après ce succès prometteur, Lei Lutai ouvrit 53 branches à travers le pays et mit en place une activité de prêt

Après plusieurs décennies de gestion prudente de la banque par Lei Lutai, ses successeurs, les gestionnaires et actionnaires, les performances de la banque Rishengchang chutèrent néanmoins en 1911-12. Li Wudian, son patron, cherchait semble-t-il à accroître son pouvoir et ses intérêts personnels devant ceux de l’entreprise. D’autre part, la Chine entrait alors dans des temps troublés, et la banque dut fermer en 1932

Plus tard, les activités bancaires et financières perdirent de leur prestige : elles furent taxées d’activités élitistes ennemies des classes ouvrière et paysanne et leurs professions pourchassées et vilipendées pour telles. Sous l’ère communiste, la ville de Pingyao tomba dans le déclin et une pauvreté relative. 

La manne financière apportée par le tourisme a ensuite permis d’asseoir la volonté de préserver la vieille ville tout en développant les quartiers autour des remparts. Des travaux de rénovation ont été menés pour les artères principales de la vieille ville et leurs résidences, tout en conservant leur aspect original, et une ribambelle d’échoppes, d’hôtels et de restaurants ont ouvert petit à petit leurs portes, permettant à un nombre de locaux de plus en plus important de vivre du tourisme.

Deux chambres dans un petit hôtel local, conçu comme beaucoup d’autres autour d’une cour carrée traditionnelle, les chambres donnant directement sur la cour pour une atmosphère calme et intimiste le soir. Le lit à baldaquin est une petite merveille en bois sculpté (date inconnue). 

Plusieurs anciennes demeures ont été rénovées en petits musées, comme ici la banque Rishengchang, première réelle banque en Chine et qui a fait autrefois la fortune de Pingyao. Des explications en anglais sont parfois disponibles. Les demeures et musées sont accessibles grâce à un ticket d’entrée unique pour la vieille ville. 

La rue principale, animée en journée comme en soirée, avec ses boutiques et restaurants proposant les spécialités du coin (ou prétendues !)

Entres cultes anciens et modernes

Dans une ville si chargée d’histoire on ne peut pas passer à côté de ses temples, le Temple de Confucius et le Temple des Dieux de la Cité étant les plus importants. On y trouve de belles peintures murales, ainsi que la description des supplices de l’enfer confucéen

Loin de ces sombres pensées, les jeunes Chinois se plient aux traditions confucéennes comme toujours en se mariant, tout en embrassant la modernité et son culte de l’image, pour un book de photos de mariage des plus réussis ! 

Enfin si l’on a le temps à l’extérieur de Pingyao, facilement accessible en taxi, il ne faut pas manquer le temple de Shuanglin (Shuanglin si) dont les sculptures colorées datent du 12ème au 19ème siècles, principalement de la dynastie Ming. Si le temple n’est pas en excellent état, c’est néanmoins un bijou chargé d’histoire !

Alors, qu’attendez-vous pour une petite virée à Pingyao ? Contactez-nous à contact@travelstone.fr !